Le branleur perpétuel
Le rocking-chair, que nos cousins américains appellent joliment le «branloir», permet au novice de s'exercer à paresser, en l'aidant à trouver le mouvement intérieur sur lequel il doit régler son existence : je m'installe pour faire corps avec ce reposoir animé ; la difficulté est de bien se mettre en branle, c'est-à-dire de trouver la vivacité de l'impulsion première, qui ne soit ni trop violente, ni trop légère ; puis il faut garder le branle, tenir l'oscillation, et pour cela trouver l'amplitude, la juste lenteur qui permet à l'impulsion initiale de durer. Sur le branloir lancé, j'apprends à sentir la puissance du «va», la pause d'«et»quilibre, comment elle re«vient». Je corrige l'amplitude en ralentissant encore, j'infléchis légèrement mon corps pour trouver une posture, j'approche par essais le rythme, je cherche des figures, et puis, finalement je m'abandonne, je suis le mouvement perpétuel, et là, je flotte en continuant ce mouvement, je roule, je danse le «branl' and roll».
Encore un moment